Filmer le politique

 

Le samedi 2 mars 2019, à l'occasion de sa 12 ème  leçon de cinéma, l'équipe de VO a souhaité renouveler son questionnement en invitant Dork Zabunyan pour qu'il partage son vaste et minutieux travail sur les images notamment dans les guerres et les soulèvements.

 

16h - 17h30  leçon de cinéma
18h            le film

             Syrie : instantanés d'une histoire en cours

 

 

Dork Zabunyan est professeur en études cinématographiques à l'Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.

 

Parmi un très grand nombre de publications, le dernier ouvrage paru de D. Zabunyan est L'insistance des luttes – Images, soulèvements, contre-révolutions (De l'incidence, 2016).


présenté par Dork Zabunyan

 

Dork Zabunyan est professeur en études cinématographiques à l’université Paris VIII Vincennes/Saint-Denis, et auteur d’ouvrages sur Deleuze Gilles Deleuze : voir, parler, penser au risque du cinéma, Les Cinémas de Gilles Deleuze ou Foucault Foucault va au cinéma, avec Patrice Maniglier, ainsi que d’un livre d’entretiens avec Jacques Rancière La méthode de l’égalité, avec Laurent Jeanpierre et d’un grand nombre d’articles.

 

 

Depuis bientôt huit ans, les images venant de Syrie ne nous montrent qu'un flot incessant de corps meurtris, de villes en ruine, de destructions infinies. Et pourtant, l'horreur sur nos petits écrans de télévision ou d'ordinateur n'a pas empêché le bain de sang de se poursuivre, jusqu'à faire oublier qu'à l'origine, la guerre totale que nous connaissons aujourd'hui était en réalité le soulèvement d'un peuple pour sa liberté et sa dignité.

 

Une politique des images de la guerre en Syrie pourrait modestement commencer par interroger ce constat d'échec, lequel ne contrarie toutefois aucunement les médias dominants de continuer leur surenchère morbide dans l'horreur.

 

Dans ce contexte, comment se présenterait un cinéma engagé qui, sans nier la terrible situation du peuple syrien, donnerait aux images une puissance inédite nous conduisant à échapper à ce mélange de compassion et d'indifférence que nous expérimentons presque quotidiennement ?

 

Le travail d'Abounaddara, collectif anonyme de cinéastes syriens, nous autorisera peut-être à emprunter une voie étroite susceptible d'augmenter la perception d'une tragédie sans nom à laquelle nous nous sommes habitués.



 

Abounaddara est une société de production audiovisuelle indépendante basée à Damas. Elle est spécialisée dans le documentaire de création qu’elle diffuse sur de nombreuses plateformes à travers le monde. Ce collectif anonyme de cinéastes autodidactes est très impliqué dans le cinéma d’urgence et poste chaque vendredi sur Internet un court-métrage d’une à cinq minutes qui porte un message complexe, ouvert. Libre à chacun de les interpréter suivant sa sensibilité. On ne sait pas ce qui relève de la réalité et de la fiction.

 

Les films du collectif constituent des fragments singuliers d’une histoire en cours. Ils s’adressent au spectateur universel qu’ils invitent à se déprendre du flux d’images d’actualités qui donnent à voir la Syrie comme un «pays du Mal». Plus de 50 de ces films ont déjà été sélectionnés par des grands festivals internationaux de cinéma : Mostra de Venise, The Sundance Festival, Festival du nouveau cinéma, Doclisboa, Human Rights Watch film festival... Ils ont par ailleurs donné lieu au long-métrage Syrie : instantanés d’une histoire en cours.

 

Citizen Journalists

Collectif Abounaddara, 2017