Hommage à Jeanne Moreau

films présentés par Jean-Claude Moireau,photographe de plateau

et biographe de Jeanne Moreau

Choisir trois films interprétés par Jeanne Moreau qui puissent donner une idée de ce qu’elle représente pour le cinéma… Pas facile mais forcément digne d’intérêt. A l’occasion d’une rétrospective conséquente qui lui était consacrée (en 1986 à Quimper), plusieurs spectateurs et moi-même nous avions parfois l’impression de voir différentes séquences d’un seul et même film, qui nous renvoyaient à telle situation, tel rôle, telle action… d’un autre de ses films ! C’est dire l’intensité de sa présence à l’écran, de l’empreinte qu’elle laisse…

 

La Baie des Anges de Jacques Demy et Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel datent du début des années 1960. Jeanne Moreau est alors une star au sommet de la célébrité, ce qui lui permet de choisir en toute indépendance sujets et réalisateurs. Bien que toute période ait son importance, c’est alors qu’elle tourne les plus grands films avec les plus grands cinéastes et tient les plus grands rôles.

 

En les découvrant ou en les revoyant, notez simplement ce qu’il en est de l’élégance et du pouvoir de séduction, de la liberté et de la solitude (qui vont souvent de pairs) chez les personnages qu’elle incarne. On pourrait ajouter le goût du jeu, la contradiction, le besoin incessant de changement, la nécessité de fuir les conventions… Et vous commencerez à repérer, même si le ton varie d’un film à l’autre, quelques particularités qui faisaient partie du « bagage » de cette actrice unique et tellement singulière.


La Nuit de l’océan a été tourné en 1987, soit dans un tout autre contexte. Antoine Perset, dont c’était le premier long métrage, déclarait au moment de la sortie en salles que ce film à petit budget n’aurait absolument pas pu exister sans Jeanne. Sans se limiter à son seul rôle, animée par la passion, curieuse du mystère de la vie et du genre humain, elle n’a cessé comme ici d’apporter son soutien à des projets qui lui tenaient à cœur (elle l’avait déjà fait plusieurs fois au cours des années 1970, elle le refera encore par la suite). Ce film méconnu mérite d’être redécouvert.

Jean-Claude Moireau

Repères chronologiques


Jeanne Moreau (23 janvier 1928 – 31 juillet 2017)



Jeanne 10 ans
Jeanne 10 ans

1928 -1941

Naissance à Paris d’une mère anglaise KS Brickley, danseuse, et d’AD Moreau, restaurateur

Enfance entre Paris et Vichy, études au lycée Edgar Quinet à Paris

 

1947-1957 Une comédienne et actrice reconnue

Entrée au conservatoire d’art dramatique et début d’une carrière de comédienne au TNP de Jean Vilar et participation au premier festival d’ Avignon

Pensionnaire de la Comédie Française à 20 ans, elle démissionne en 1951

Elle joue dans différents théâtres aux cotés de Gérard Philippe ou de Jean Marais.

Elle commence en parallèle une carrière cinématographique

Son premier film : Dernier Amour de Jean Stelli

Elle tourne avec Marc Allégret, Guy Lefranc, Jacques Becker, Henri Decoin... 20 films en 10 ans.

1949 : mariage avec le comédien Jean Louis Richard et naissance de leur fils Jérôme

Les Amants
Les Amants

1957-1969  une carrière qui s’envole

31 films en 12 ans dont des films mythiques

 

Rencontre avec Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud, 1957. Les Amants, 1958

1959 Les 400 coups de François Truffaut,

Les liaisons dangereuses de Roger Vadim

1960 Moderato Cantabile de Peter Brook  (prix d’interprétation au Festival de Cannes),

La Notte de Michelangelo Antonioni.

1961 Jules et Jim de François Truffaut

1962 Le Procès d’Orson Welles, Eva de Joseph Losey,

La Baie des Anges de Jacques Demy

1963 Peau de banane de Marcel Ophuls,

Le Feu Follet de Louis Malle, Le Train de John Frankenheimer, Le Journal d’une femme de chambre de Luis Bunuel

 1964 Mata Hari de Jean-Louis Richard, La Rolls Royce jaune d’Anthony Asquith

 1965 Viva Maria de Louis Malle, Mademoiselle puis

Le Marin de Gibraltar de Tony Richardson. Falstaff puis Une histoire immortelle d’Orson Welles

 1967 La grande Catherine de Gordon Flemyng,

La Mariée était en noir de François Truffaut

 1969 Le corps de Diane de Jean-Louis Richard, Le petit théâtre de Jean Renoir, Monte Walsh de William A Fraker

 


Le temps qui reste (photo JC Moireau)
Le temps qui reste (photo JC Moireau)

·      1970-2012 une carrière de plus en plus internationale...et qui soutient aussi  les « débutants »

 

1970 Alex in Wonderland de Paul Mazursky

1972 Nathalie Granger de Marguerite Duras

1973 Jeanne la Française de Carlos Diegues, Les Valseuses de Bertrand Blier

1974 Le jardin qui bascule de Guy Gilles, Souvenirs d’en France d’Alain Téchiné

1978 Mr Klein de Joseph Losey, Le dernier Nabab d’Elia Kazan

1982 Querelle de Rainer Werner Faassbinder

1986 Sauve toi Lola de Michel Drach, Le Paltoquet de Michel Deville, Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky

1987 La nuit de l’océan d’Antoine Perset

1989 Nikita de Luc Besson

1990 La femme fardée de José Pinheiro, Jusqu’au bout du monde de Wim Wenders

1991 Le pas suspendu de la cigogne de Théo Angelopoulos, La Vieille qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann

1992 L’Absence de Peter Handke

1995 Par delà les nuages de Michelangelo Antonioni

2003 Présidence du Festival Premiers Plans d’Angers, 2005 animation des « ateliers d’Angers »

2004 Le temps qui reste de François Ozon, Akoibon d’Edouard Baer

 2007 Désengagement et Plus tard tu comprendras d’Amos Gitaï

 2008 Visage de Tsai Ming LIang,  2012 Gebbo et l’ombre de Manoel de Oliveira

 

...Jeanne  réalisatrice

1975 Lumière, 1978  L’Adolescente

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… et la télévision et la chanson

Fictions TV  de Josée Dayan (les Misérables, les Rois maudits…) et les chansons de Cyrus Bassiak alias Reznavi (le tourbillon, j’ai la mémoire qui flanche…)