Maurice Pialat ☉ 1925- 2003

Maurice Pialat, le cinéma nu

 

En janvier 2017, Charlotte Garson est venue à Saint-Nazaire à l'invitation de VO pour un week-end consacré au cinéma de Maurice Pialat.

Une belle occasion de voir ou revoir : LoulouA nos amours et  Van Gogh

 

Il y a urgence à voir ou à revoir les films de Maurice Pialat, remueur de couteaux dans les plaies mais aussi splendide metteur en scène et acteur surprenant. Urgence, parce que le faux naturel, le biopic et le sociologisme n'ont jamais autant pesé sur le cinéma français, au point de mettre en péril sa liberté créatrice. Voir un film de Pialat, c'est se reconnecter avec « la vérité du moment où on tourne » (sa définition du cinéma), aller à l'os de l'intime et de la dramaturgie créée par les situations. D'où l'incroyable résilience qui émerge de son premier long métrage, L'Enfance nue, tourné « tard » (à 45 ans), soutenu par François Truffaut et lauréat du prix Jean-Vigo. On est en 1969, et la même année, Pialat joue le commissaire dans Que la bête meure de Claude Chabrol. Nous ne vieillirons pas ensemble, La Gueule ouverte et Loulou révèlent à vif les aprêtes de la vie de couple – son intimité parfois comique à force de saloperie ordinaire, de jalousie explosive, d'arrangements tordus.

 

Mais l'âpreté n'est jamais synonyme de morosité ou de grisaille dans son cinéma ; on oublie et il faut réparer cet oubli exclusivement sur grand écran – combien celui qui a d'abord été peintre accordait d'importance au cadre, à la couleur, à la photogénie de la jeunesse – les lycéens du Nord de Passe ton bac d'abord, où brille Sabine Haudepin, Sandrine Bonnaire, révélation fracassante d’À nos amours, la Marguerite Gachet des derniers jours de Van Gogh... : se dessine, dans le portrait de la jeune fille, moins un regard d'homme s'appropriant une image que celui d'un artiste se projetant dans l'imprévisibilité capricieuse de l'adolescente, sa façon de se soustraire à tous.

 

Charlotte Garson