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Bab Aziz

Nacer Khémir • France • Tunisie • 2006 • 1h36

 

Perdues dans un océan de sable, deux silhouettes cheminent : Ishtar, une petite fille pleine d'entrain et son grand-père Bab'Aziz, un derviche aveugle.
Elle le guide vers la grande réunion des derviches qui a lieu tous les trente ans, mais pour trouver cet endroit secret, il faut “écouter le silence infini du désert avec son cœur”.

Leur voyage à travers l'immensité brûlante les amène, tel un jeu de pistes, à la croisée d'autres destins : Osmane, qui cherche un palais en plein désert... Zaïd, dont le chant a séduit une femme à la beauté irréelle qu'il a perdue depuis... Hussein, un jeune homme en quête d’un autre monde...

Il y a aussi ce conte ancien que raconte Bab’Aziz à Ishtar tandis qu'ils progressent péniblement dans le sable, l’histoire de ce prince qui a abandonné son royaume pour devenir derviche. Et le désert finira par révéler son secret.


On se perd facilement dans ce voyage à travers le désert, véritable labyrinthe, tant les récits s'entremêlent et le sens reste celui qu'on veut bien y mettre, mais on s'y perd volontiers car il nous emmène dans un monde où la poésie transcende le réalisme.
C’est un appel au rêve qui restaure la pertinence de l'imaginaire dans la pensée.

 

Le film enchâsse les récits, un personnage rencontré racontant lui-même une nouvelle histoire impliquant de nouveaux personnages, etc. Il se fait ainsi toile poétique plutôt que succession d'événements : un homme à moto succède à un prince à cheval, une ville oasis surgit des sables du désert, le jeune et le vieux ne font qu'un, l'invisible prend le pas sur le visible...

 

Les deux personnages principaux Ishtar, la petite fille et Bab’Aziz le grand père deviennent des figures emblématiques de la vie et de la mort. Leur échange devient initiatique : "Quand tu parles, il fait moins froid", dit Ishtar à son grand père pour l'encourager à conter. Cette parole « contée » apprend à "voir avec les yeux du cœur". Pas de carte dans le désert, pas de chemin tracé : on trouve sa voie en marchant et chantant, sans doute parce que ce qui compte est davantage de chercher que de trouver.

 

La traversée du désert à la recherche de la grande réunion des Derviches nous offre un autre regard sur l’Islam, l’Islam soufi, un Islam de tolérance et de paix. Le soufisme existe contre toutes formes d’intégrismes, c’est l’Islam de la tendresse. Mais pour mieux expliquer le soufisme, Nacer Khémir donne cette phrase : “Il y a autant de chemins vers Dieu que d’hommes sur terre”. Elle représente déjà en elle-même la vision du soufisme. On peut dire aussi que le soufisme, c’est le cœur vivant de l’islam.

 

Bab’Aziz est un film d’une grande beauté qui apporte une paix du regard, inspiré par cette part esthétique de l’islam, sa part mystique et quotidienne, celle des grands poètes turcs et persans qui, depuis huit siècles et plus, évoquent l’humilité intérieure, secrète et le doute. Une façon de pallier l’absence de mémoire qui ouvre le champ à tous les intégrismes.

Martine Jéhanno • VO

 

Ce film a été programmé dans le cadre de la Semaine d’éducation contre le racisme, 2007

 

La semaine d’éducation contre le racisme, initiée il y a une quinzaine d’années au niveau national et relayé par un collectif d’associations nazairiennes, rassemble aujourd’hui le MRAP, les maisons de quartier d’Avalix, de la Bouletterie, de Kerlédé, l’OMJ, le CRIJ et le collège Pierre Norange.

 

Autour du thème « Des différences qui nous rassemblent », cette manifestation a pour objectif, outre la lutte contre le racisme, la découverte de toutes les cultures, au travers d’expositions, de saynètes théâtrales, de lectures de contes...

Le collectif a sollicitéVersion Originale pour organiser une soirée cinéma. Version originale n’a pas pour vocation d’animer des soirées débats autour d’un thème de société, d’autres associations le font mieux que nous. En revanche, Version Originale, qui s’est fixe comme objectif l’éducation à l’image, a décidéde saisir cette opportunitépour proposer à un public qui va peu au cinéma de voir un film de qualitéet d’entendre une discussion cinématographique et c’est la raison pour laquelle nous avons choisi le film de Nacer Khémir : Bab Aziz, Le Prince qui contemplait son âme.

Hélène Le Guével

A propos de Nacer Khémir

 

L’auteur Nacer Khemir est un cinéaste rare, créateur de trois films en vingt-deux ans, Les Baliseurs du désert, Le Collier perdu de la colombe ou Le Prince qui contemplait son âme, histoire racontée par Bab’Aziz. Tous évoquent l’Orient et les mythologies qui peuvent en émaner; Nacer Khémir a créé un genre cinématographique singulier, film conte, film poétique qui de toute façon s’incruste dans nos mémoires.

 

En 1984, Nacer Khémir gagne avec Les Baliseurs du désert le grand prix du Festival des trois continents à Nantes. En 1991, avec Le collier perdu de la colombe, il gagne le prix spécial du jury à Locarno.Nacer Khémir est aussi très connu pour ses contes, regroupés dans plusieurs livres dont L’ogresse, Le soleil emmuré... Il est lui même conteur et c’est à ce titre qu’il est venu plusieurs fois à Saint-Nazaire.


Interview du réalisateur

 

Pourquoi ce film aujourd’hui ?


«J’emploierais volontiers cette parabole : si vous marchez à coté de votre père et qu’il tombe le visage dans la boue, que faites-vous ? Vous l’aidez à se relever et vous lui essuyez le visage avec votre veste ou votre chemise. Le visage de mon père, c’est l’islam, j’ai essayé de l’essuyer avec mon film en montrant une culture musulmane tolérante et hospitalière, pleine d’amour et de sagesse...

Bref, une image qui ne cadre pas avec l’image de l’islam véhiculée par les médias suite au climat d’hystérie post- 11 septembre 2001. Le fondamentalisme, l’intégrisme sont un miroir déformant de l’islam.

Ce film est une humble tentative pour rétablir le vrai visage de l’islam. Dès lors, je ne vois pas plus urgent comme thème que celui-là : redonner un visage à des centaines de millions de musulmans qui sont souvent, pour ne pas dire toujours, les premières victimes du terrorisme fondamentaliste. Bien que ce soit un film fondé sur la tradition

soufi qui nous remplit de joie et d’amour, c’est aussi un film éminemment politique, un acte conscient. C’est un devoir aujourd’hui de montrer autre chose de l’islam, sinon chacun va étouffer à cause de son ignorance de l’autre. C’est la peur qui étouffe les gens, non la réalité. Il y a en France aujourd’hui près de 5 millions de musulmans. C’est une forme d’hospitalité que de découvrir le vrai visage de son voisin. L’hospitalité ne veut pas seulement dire recevoir et donner à manger, l’hospitalité signifie d’abord l’écoute. Vous ne pouvez pas recevoir quelqu'un chez vous, l’accueillir et l’ignorer. La première règle de l’hospitalité, c’est l’écoute. 
Pour moi, ce film favorise cette écoute et plus loin, une véritable rencontre. Voir ce film est une forme d’hospitalité envers son voisin »


La Baie des Anges

Jacques  Demy, France, 1963

 

Initié par un collègue, Jean Fournier découvre l'ivresse du jeu et décide d'aller passer ses vacances à Nice où fleurissent les salles de jeu. Il y rencontre Jackie qui brûle de la même passion et a quitté pour elle son mari et son fils. Ensemble, ils gagnent une fortune à la roulette, narguent trop leur chance et finissent par tout perdre.

Ruinée, Jackie accueille Jean dans sa chambre et s'offre à lui.

La jeune femme demande à son amant de lui donner le courage de laisser tomber le jeu. Mais dès le lendemain, Jackie repart à l'assaut des tapis verts. Jean est lui sérieusement épris de la belle et romanesque flambeuse...

 

 

 

Le film a été programmé à l'occasion d'un week-end hommage à Jeanne Moreau, les 1er et 2 décembre 2017. A l'invitation de l'association Version Originale, Jean-Claude Moireau, biographe de l'actrice, a présenté trois films dans lesquels jouent Jeanne Moreau : Le Journal d'une femme de chambre (Luis Bunuel), La Nuit de l'océan (Antoine Perset) et La Baie des Anges.

 

vers la présentation de Jean-Claude Moireau.

 

 


Le Baiser


Stéfan Le Lay Fiction France ☉ 2005 ☉ 4 minutes 20


 

 

Prix du public aux festivals du court de Lille, Limoges et Fréjus, prix du jury à Voiron et Fréjus, premier prix au festival d’Aix-en-Provence.

 

Une jeune femme a rendez-vous avec un jeune homme pour échanger un premier baiser. Un incident purement cinématographique empêchera la concrétisation de leur amour...


Bamako

Abderrahmane Sissako • Mali, France • 2006 • 1h58

 

 

 

 

 

Melé est chanteuse dans un bar, son mari Chaka est sans travail, leur couple se déchire...
Dans la cour de la maison qu'ils partagent avec d'autres familles, un tribunal a été installé.
Des représentants de la société civile africaine ont engagé une procédure judiciaire contre la Banque mondiale et le FMI qu'ils jugent responsables du drame qui secoue l'Afrique.
Entre plaidoiries et témoignages, la vie continue dans la cour.
Chaka semble indifférent à cette volonté inédite de l'Afrique de réclamer ses droits...


La scène se déroule dans une cour de maison à Bamako. Tandis que la vie quotidienne suit son cours à l’intérieur et aux alentours, un tribunal prend place pour un procès qui va opposer la société civile aux institutions internationales de la mondialisation (FMI et banque mondiale). A la barre, paysans, professeurs, fonctionnaires au chômage.

 

La première question qui m’est venue à l’esprit en lisant le synopsis de Bamako a été la suivante : allions-nous assister à une nouvelle démonstration rhétorique des méfaits de la mondialisation ?
Rien de cela. La force de Bamako réside dans le fait qu’Abderrahmane Sissako a choisi d’enrichir les scènes de procès (quasi-documentaires avec de vrais juges, de vrais avocats, ayant eux-même écrit leur réquisitoires) de scènes de fiction empruntées au quotidien, pour un plaidoyer d’une grande subtilité.

 

Sans jamais tomber dans le discours victimaire d’une Afrique vouée au malheur et à la corruption (Aminata Traoré, appelée à témoigner, souligne d’ailleurs que l’Afrique serait plutôt victime de ses richesses), Sissako démontre brillamment en quoi le Nord, par l’intermédiaire du FMI ou de la banque mondiale, a une grande part de responsabilité dans l’état actuel de l’Afrique.

Magali Bigaud • VO

 

 

J’ai beaucoup aimé ce film qui fausse la frontière entre documentaire et fiction. Filmer un procès fantasmé du FMI aurait pu être terriblement ennuyeux, mais là c’est la vie qui nous est montrée. Pas un plan d’un avocat ou d’un témoin à la barre sans qu’en arrière plan ne se profile un enfant qui joue ou une femme qui passe. La réflexion politique est sérieuse, argumentée, convaincante. De multiples micro histoires aèrent le propos.

 

Le montage est très fort : procès, querelles de famille, silences, travail, discussions hors procès, tout a une place, tout nous parle. L’incursion de fictions donne un rythme au récit. La scène du western apparaît comme une sorte de sketch décalé. Cow-boys justiciers à la Siergo Leone. Ce qui surprend le plus, ce n’est pas tant de voir des cow-boys noirs, que de les voir jouer du pistolet dans un village Africain. L’espace crée la dérision du propos. La dimension symbolique est également très importante. C’est toute cette multitude de point de vue et de genres différents que j’ai aimée. Bref ça vaut vraiment le coup.

Hélène Le Guével
 • VO

décembre 2006


 

Bamako, c’est d’abord un dispositif de mise en scène inédit dans le cinéma de Sissako[...] Si le tribunal siège sur du mobilier de fortune (tables rustiques, chaises de jardin), en revanche ce qui s’y entend est de première importance : les rapports nord/sud, les grands maux de l’Afrique, mais aussi des questions économiques et politiques précises, étendues dans toute leur complexité. Si le procès est fictif, son agencement est quant à lui réglé selon la norme : plaidoiries, citations de témoins, débats contradictoires, rappels à l’ordre du président, etc. A quelques pas de là, Bamako continue à vivre : des femmes préparent la cuisine, d’autres teignent des tissus, un couple se marie, un autre se sépare, une petite fille est malade, etc. C’est la première réussite du film, cette double vitesse, cette adjonction de rythmes antagonistes qui, dans l’espace resserré de la cour intérieur, ouvre sur de singulières et aléatoires dispositions : cohabitent dans le même plan l’avocat du FMI et une femme qui remplit un seau d’eau en l’écoutant distraitement, derrière tel autre juge des chèvres passent, des gosses apportent les dossiers sur la table du président, une chanteuse part au travail sans un regard pour l’assistance.

 

Comment, dans une telle disposition, circule la parole ? Là encore, selon un double régime, et même un triple. Parole directe, immédiate, des témoins qui, selon qu’ils soient simples citoyens ou hauts responsables, livrent leur point de vue sans détour; parole indirecte des magistrats, médiatisée par le langage juridique : plaidoirie un rien ampoulée de certains avocats, roublardise d’autres, etc. Et puis, troisième circulation, la course technique de la parole à travers les micros, qui la relaie pour d’autres auditeurs, qui ne siègent pas dans le public du tribunal, mais au-dehors, de l’autre côté du mur de la cour : au bout d’un fil pendouille un haut-parleur qui relaie les débats jusque dans la rue animée, dont on ne peut être sûr qu’elle y est indifférente. La multiplicité de la diffusion de la parole se heurte à la diversité des manières d’écouter et se fond en elle : dispositif compliqué du procès contre simplicité étrange de la réception, que Sissako filme si bien.

Extrait d’un article de Jean-Philippe Tessé – Cahiers du cinéma

 


La Bourde


Mathieu Demy • France • 2005 • 19'

 

 

 

Dans un restaurant qui se veut chic, aucun dérapage n'est permis. La cuisine doit être créative et raffinée, et le personnel élégant et discret. Au " Pigeonnier ", le Chef ne prend pas ces considérations à la légère. Dans cet univers codifié jusqu'à l'absurde, l'arrivée d'un client atypique va mettre l'équipe en ébullition. Pour qui sont faits les grands restaurants ? Jusqu'où faut-il aller pour sauver sa réputation ?