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Cet été-là


Justine Malle • France • 2006 • 13’

Justine Malle
Justine Malle

 

Une jeune femme se souvient de l’été de ses vacances, l’été de ses seize ans. Une journée au cours de laquelle elle avait ressenti beaucoup d’émotions, le basculement de l’enfance à l’âge adulte.

 



Certaines Femmes

Kelly Reichardt, Etats-Unis, 2017, 1 h47

 

avec Laura Dern, Kristen Stewart, Michelle Williams, Lily Gladstone, Jared Harris, James Le Gros, Rene Auberjonois

 

 

Quatre femmes font face aux circonstances et aux challenges de leurs vies respectives dans une petite ville du Montana, chacune s’efforçant à sa façon de s’accomplir.


Sixième long-métrage réalisé par Kelly Reichardt depuis 1994. Certaines Femmes continue à creuser un sillon cher à la réalisatrice tout en ouvrant de nouvelles perspectives.

 

Une fois encore la cinéaste centre son film sur des personnages féminins et souligne même l'intention par le titre.

Une fois encore Reichardt parvient à captiver le spectateur avec une intrigue minimaliste et s'attache à présenter l'intériorité de ses personnages sans exposition démonstrative.

 

Pourtant, ce film rompt avec les paysages de l'Oregon qui offraient aux personnages de K. Reichardt des décors naturels sur mesure. Ici Laura, Gina, Beth et Jamie vivent dans le Montana, à Livingstone, dans sa proche périphérie ou plus loin de la petite ville, près des montagnes. Et pourtant c'est avec le même art que la cinéaste dévoile les paysages comme on dévoilerait (au sens propre) un tableau. Un retour au 16 mm, après Night Moves tourné en numérique, qui magnifie l'image et accentue sa texture impressionniste.

 

Trois nouvelles de Maile Meloy sont à l'origine du scénario de Certaines Femmes, écrit par Kelly Reichardt sans la complicité cette fois de l'écrivain Jon Raymond (comme cela fut le cas pour ses quatre films précédents). Elle explique dans un interview donnée aux Cahiers du cinéma en janvier 2017  "Vous savez, le public américain n’aime pas beaucoup l’ambiguïté. Pourtant c’est précisément ce qui m’a plu dans l’écriture de Maile Meloy. Elle m’a donné confiance pour écrire un scénario où les événements sont ouverts aux interprétations et où le récit n’est jamais clos. Quand les actions et les sentiments sont moins ambigus, il est plus facile d’avoir une fin très émouvante car le spectateur sait exactement ce qu’il faut éprouver. Il n’est pas question d’être avare en émotions, mais plutôt de chercher autre chose de cette simplification des sentiments imposés par l’industrie, y compris dans le cinéma indépendant. Je crois que notre culture consumériste a quelque chose à voir avec cette tendance à la sentimentalité. C’est peut-être là que se trouve la dimension politique du film, dans sa conception même : je résiste en montrant une humanité complexe et incertaine, qui puisse en même temps être égoïste et aimante, ambitieuse et paresseuse, autant de choses contradictoires qui peuvent se mêler en une seule personne."

 

Le film offre quatre portraits subtils de femmes, marquées par une impossibilité de communiquer avec leur entourage et dont les trajectoires s'entrecroisent. Le scénario ne tente pourtant pas de les associer dans un récit polyphonique et s'il multiplie les points de vue c'est pour nous permettre d'approcher ces personnages, de percevoir leur intériorité sans démonstration ou psychologisation Et ce n'est pas le moindre talent de la cinéaste...

 

Céline Soulodre ☉ VO

 


La Chaussure


Pavel Lounguine • France • 1988 • 3 min

 

 

Dans un magasin de Moscou, un jeune Tchétchène unijambiste veut s'acheter une paire de chaussures. Elle est visiblement trop chère pour lui. Un homme vient lui proposer d'en partager l'achat. Il lui manque la jambe opposée.


Le film de Pavel Lounguine s’inscrit dans le cadre d’une campagne pour l’interdiction des mines antipersonnels menée par Handicap International et pour laquelle dix films ont été commandés à des cinéastes différents. Bertrand Tavernier a coordonné et produit la série. Pavel Lounguine a écrit lui- même le scénario et tourné le film en deux jours. Une histoire nous est racontée en 3 minutes 15.

Le réalisateur réussit à nous émouvoir sans choquer, à susciter la compassion et la solidarité à travers des personnages à portée universelle. Il dénonce l’absurdité de la guerre en confrontant une victime tchétchène à un bourreau russe devenu lui-même victime. Le titre La chaussure désigne un objet symbole qui sera omniprésent dans l’histoire. Le film fonctionne, sur un plan formel, avec des oppositions et des ruptures.

Le dernier plan, avec la musique de Taxi blues, est assez superbe.

Hélène Le Guével • VO


La Ciénaga

Lucrecia Martel Argentine, 2001, 1 h43

avec Graciela Borges, Sylvia Bayle, Mercedes Moran,

Juan Cruz Bordeu...

 

Au mois de février, dans les marécages du Nord-Ouest de l'Argentine, la chaleur suffocante se mêle aux pluies tropicales. A quelques kilomètres de la ville de La Ciénaga se trouve La Mandragora, une villa décatie dans laquelle Mecha, une cinquantenaire, passe l'été avec ses quatre enfants et un mari inexistant. Celle-ci noie son chagrin dans le vin.
 Tali est la cousine de Mecha. Elle a aussi quatre enfants. Deux accidents vont réunir ces deux familles...


Atmosphère, atmosphère...

 

Jusqu'au détour des années 2000, du cinéma Argentin, nous connaissions surtout les films musicaux, liés au tango (Tangos, l'exil de Gardel – 1985 de Fernando Solanas) ou politiques, liés à la sanglante dictature militaire (Pixote – 1980 de Hector Babenko, L'histoire officielle – 1986 de Luis Puenzo), l'un contaminant souvent l'autre.


Si le cinéma de Lucrecia Martel s'affranchit quant au fond de celui de ses prédécesseurs (ni tango, ni souvenirs de la dictature militaire, dans La Ciénaga), il épouse également une forme qui impressionne de la part d'une cinéaste âgée alors de 35 ans, réalisant là son premier long métrage.

La Ciénaga est le nom de la ville du nord-ouest du pays et de ses alentours où se déroule l'action du film. «Ciénaga» qui signifie également «marécage» en espagnol. Le film nous plonge en effet dans un marécage dont les personnages ont du mal à s'extraire, voire s'y enlisent, quand bien même ils seraient inconscients des risques qu'ils courent et font courir aux autres.

Tout le talent de Lucrecia Martel réside dans cette capacité à faire partager l'atmosphère étouffante pesante dans laquelle évoluent ses personnages, à l'instar de l'orage qui, dès la première image, gronde, comme une menace suspendue au-dessus des têtes des différents protagonistes.


Une tension infuse le film de la première à la dernière minute, distillée par la touffeur tropicale, les corps alanguis qui se cherchent dans des relations troubles, les menaces que tessons de verre et machettes objectivent, les blessures plus ou moins bénignes qu'infligent ou que s'infligent différents protagonistes, toutes choses témoignant de la difficulté à être, à rester intègres au sens propre et au sens figuré dans une micro-société familiale qui se délite, à l'image de la villa et de sa piscine remplie d'une eau fétide. Il y a du «Famille, je vous hais» dans ce film, sorte de Théorème argentin où la famille (métaphore de la société argentine ?) semble le réceptacle de perversions tues, de frustrations enfouies qui ne peuvent que déboucher sur un drame.

Lucrecia Martel distille avec beaucoup d'intelligence et de savoir-faire cette chronique familiale acide à travers une narration constituée de séquences brèves, juxtaposées, impressionnistes dessinant progressivement le motif du film, telle une mosaïque, dans une temporalité suspendue où chaque séquence semble être une grenade dégoupillée prête à exploser. Qu'on ait parlé à propos de ce cinéma de «Nouvelle vague argentine» ne surprendra pas car conduite du récit, traitement du personnage, cadrage et montage bousculent les canons académiques et procurent ainsi au film un souffle, une tension rares.

Une quinzaine d'années plus tard, La Ciénaga garde une jeunesse et une impertinence revigorantes en même temps qu'il est devenu un jalon incontournable du cinéma argentin.

Ce film est projeté au Tati dans le cadre de la section «Une véritable histoire du cinéma argentin» du Festival des 3 Continents qui se déroulera à Nantes du 21 au 28 novembre 2017. Le 39ème Festival des 3 Continents, moment phare de la cinéphilie régionale, propose en outre une sélection officielle d'une dizaine de films en compétition, un hommage au cinéaste coréen Shin Sang-Ok et une section de films «merveilleux, fantastiques et étranges».


Plusieurs films de cette 39ème édition seront, en plus de La Ciénaga également à l'affiche du cinéma Le Tati cette même semaine.