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Le Décalogue

Krzyzstof Kieslowski • Pologne • 1988 • 10 épisodes

Krzysztof Kieslowski, réalisateur polonais, tourne pour la télévision entre 1987 et 1989 une série de dix films d'une heure. Ceux-ci s'élaborent sur la base des dix commandements de l'ancien testament : Le Décalogue. Malgré son titre, il ne s'agit pas d'une œuvre chrétienne à perspective religieuse. C'est une œuvre plurielle qui répond à des problématiques existentielles. L'humain au sein de la société polonaise de la fin des années 80.

Chaque personnage est confronté à sa liberté et aux conséquences de ses choix. Si le questionnement métaphysique et la morale sont au centre du propos, Kieslowski rejette un quelconque point de vue moralisateur. Ces films ont 27 ans et n'ont pas pris une ride.

Les deux épisodes que Version Originale a choisis de vous présenter sont le 5 Tu ne tueras point et le 6 Tu ne seras pas luxurieux. Ce sont les deux seuls épisodes du Décalogue qui ensuite donneront lieu à deux longs métrages qui se répondent : Film court sur l'acte de tuer puis Film court sur l'acte d'aimer...

 

Le Décalogue 5 Tu ne tueras pas sera présenté en long métrage, au festival de Cannes en 1988, il obtiendra le prix du jury.

C'est un film qui fera connaître Kieslowski en France et lui donnera accès à une exploitation commerciale (La Double vie de Véronique et la trilogie Bleu, Blanc, Rouge).

On suit trois personnages en montage parallèle : un avocat stagiaire passant son examen final, un jeune homme errant dans la ville et un chauffeur de taxi commençant sa journée. Ce film est construit avec une grande rigueur, ce qui est en jeu c'est l'acte de tuer. Kieslowski va nous montrer en deux parties qui se répondent, comment l'acte de tuer légalement un assassin est aussi horrible que de s'acharner sauvagement sur un innocent. Il n'hésite pas à utiliser des cuts violents et de longues ellipses. Son utilisation des gros plans est toujours justifiée, tout cela est parfaitement maîtrisé. La cruauté du meurtre n'est pas masquée mais Kieslowski ne tombe jamais dans la complaisance, il sait couper ses plans à l'instant exact où la limite du supportable est atteinte.

La cruauté de l'assassin est implacablement dénoncée par l'image, puis nous assistons dans la deuxième partie à un renversement de perspectives. L'évocation sèche, froide, précise de l'exécution s'observe à nouveau dans la préparation et le déroulement de la sentence. Ce film est un des plus fort réquisitoire contre la peine de mort que j’ai jamais vu.

 

Hélène Le Guével

Le Décalogue 6 Tu ne seras pas luxurieux change de titre dans la version cinéma : Brève histoire d'amour.

 

Tomek, un jeune garçon timide et introverti va observer pendant des mois, l'intimité de sa voisine d'en face, et ceci grâce à une longue vue installée à la fenêtre de sa chambre. Sa voisine Magda est une belle jeune femme qui rencontre de nombreux amants. Tomek va vivre par procuration un amour fantasmé. Magda est vue à travers la lunette de Tomek le voyeur mais aussi à travers l'objectif de la caméra qui permet au spectateur de s'identifier à Tomek et qui devient de ce fait aussi voyeur. Cette fois nous avons quitté les couleurs marrons verts assez glauques de Tu ne tueras point, place au rouge qui va servir de toile de fond à l'image de la passion ressentie par Tomek pour Magda. Celle-ci vue de la fenêtre éclairée est souvent filmée en travelling et panoramique, c'est un personnage en mouvement. Magda aime faire l'amour mais ne croit pas aux relations affectives. Tomek aime amoureusement Magda mais est incapable de la toucher. La confrontation au réel sera terrible pour lui. La satisfaction physique sans partage aucun détruira le désir. C'est un film construit sur une bascule et une inversion de point de vue. Nous sommes face à deux solitudes qui se croiseront sans se reconnaître à temps. La fin du long-métrage est différente de l'épisode 6 du Décalogue. L'actrice, la belle Grazyna Szapalowska, n'acceptait pas la fin de l'épisode 6 qui est pourtant très réaliste, Kieslowski a donc proposé pour le cinéma une autre fin. On pourra en parler lors du débat.

C'est un très beau film sur le désir, le rapport entre aimer et désirer.

 

Hélène Le Guével