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Je la connaissais bien

Antonio Pietrangeli • Italie • 1965 • 2h05

Adriana (Stefania Sandrelli) est une jolie villageoise qui rêve de devenir actrice. Elle quitte son village natal pour tenter sa chance à Rome. Elle y multiplie les aventures et les petits emplois, en quête d'un rôle au cinéma. Mais elle est désarmée face aux revers et aux humiliations subies, et sa joie de vivre s'effrite.

 

 

Le film Je la connaissais bien a été sélectionné pour entrer dans la liste des «100 films italiens à sauver», créée lors des Journées des auteurs de la Mostra de Venise en 2008. La restauration réalisée par la cinémathèque de Bologne rend au film toute sa beauté plastique, notamment par le biais d'un noir et blanc somptueux.
Douze ans après Du soleil dans les yeux (1953), par lequel il inaugurait un cycle consacré à la situation des femmes en Italie, Antonio Pietrangeli s'impose au public italien et français en concluant son cycle avec Je la connaissais bien.
Il y dresse le portrait attachant d'Adriana, jeune femme en quête de liberté mais fascinée également par les mirages de la société de consommation et le succès des starlettes.
Avec son titre à l'imparfait, le film s'inscrit d'emblée sous le sceau de la mélancolie. Stefania Sandrelli, qui a alors 18 ans, incarne Adriana, et sait à merveille suggérer le vide intérieur, le désarroi ou l'insouciance de l'héroïne,  selon les circonstances auxquelles celle-ci est confrontée. Elle est tour à tour rayonnante et défaite.
Adriana vit à toute allure, veut devenir actrice mais doit se contenter de rôles très modestes, et de petits métiers pour survivre. Au fur et à mesure de ses rencontres avec des hommes qui lui promettent beaucoup mais lui donnent bien peu, sa naïveté de jeune villageoise et sa joie de vivre s'estompent, laissant place à l'amertume et à la désillusion.
Le réalisateur nous fait ressentir la lente montée en puissance de l'humiliation d'Adriana, en une série de séquences qui sont autant de situations vécues par elle. Nous les découvrons au fil d'un récit polyphonique et fragmenté, qui flâne de souvenirs en souvenirs.
Le film est remarquable par son audace narrative, mais Je la connaissais bien, mélancolique et tragique récit d'initiation,  nous touche aussi par la grande tendresse que le réalisateur porte à son personnage, magnifiquement servi par l'interprétation de Stefania Sandrelli.

commentaire VO

un petit mot de remerciement

Adriana passe nous voir sur grand écran.

Elle revient de la plage, elle court dans les rues désertes d'Ostia, légère et mutine comme un pas de danse, un vague tissu pressé sur ses seins nus. Un ange blanc et noir qu'ont dû regarder passer les Comencini, Scola, Pasolini, Fellini… parce qu'elle est l'innocence du cinéma italien des années soixante.

Pour l'heure elle court, elle fume, elle rit, elle écoute la radio, son corps habite le temps et l'écran. On pourrait rester des heures à seulement la regarder.

 

Plus tard, plus loin, Adriana traversera une foire aux vanités, picorant au gré des moments filmés des hommes épais, veules, cruels, misogynes, infatués d'eux-mêmes, dont elle a le tort de s'amouracher. Des moments de rien, d'amourettes, de jeux érotiques esquissés, mais des moments où se révèle toute la fraîcheur de la joie d'exister d'Adriana, mais des moments de jeux de massacres entre tous ceux qui, autour, jouent des coudes et des griffes et du bec vers la modernité, vers l'oubli radieux de cette modernité.

On se prend à rêver… Si, dans cette Rome des années soixante, toute éblouie d'avoir échappé au désastre, affamée de strass et d'artifices, rendue par la guerre à sa plus brutale trivialité, si Adriana la svelte avait croisé le Marcello de la Dolce Vita, peut-être ces deux-là auraient brisé le désenchantement dont l'Italie et son cinéma  ne se sont jamais remis… qui sait ?

 

Luigi De Angelis

Cinéma Jacques Tati – Chef de cabine

 



Le Journal d'une femme de chambre

Luis Buñuel, France-Italie, 1964

 

 

A la fin des années 20. Un train s'arrête dans une petite gare normande. Célestine, la nouvelle bonne du vénérable monsieur Rabour, en descend. Joseph, un domestique antipathique, la mène en carriole jusqu'à la propriété bourgeoise du prieuré.

Bientôt Célestine n'ignore plus rien des travers de chacun. Elle se prête avec complaisance au fétichisme de Rabour, que les bottines féminines rendent fou, mais se refuse aux amours ancillaires que lui propose son gendre, monsieur Monteil, tenu loin de la couche conjugale par la froideur de sa femme.

Elle se lie d'affection avec une jeune sauvageonne, Claire, dont on retrouve bientôt le cadavre dans un bois...

 

 

 

Le film a été programmé à l'occasion d'un week-end hommage à Jeanne Moreau, les 1er et 2 décembre 2017. A l'invitation de l'association Version Originale, Jean-Claude Moireau, biographe de l'actrice, a présenté trois films dans lesquels jouent Jeanne Moreau : Le Journal d'une femme de chambre, La Nuit de l'océan (Antoine Perset) et La Baie des Anges (Jacques Demy).

 

vers la présentation de Jean-Claude Moireau.