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Samedi Soir Dimanche Matin

Karel Reisz, Grande Bretagne, 1961, 1 h29

Ouvrier tourneur dans une usine de Notthingham, Arthur Seaton oublie son travail abrutissant quand arrive le week-end. Là, il partage son temps entre le pub où la bière coule à flots, le lit de son amante Brenda, une femme mariée à l'un de ses collègues et les parties de pêche. Alors qu'il vient de rencontrer une belle jeune fille, Brenda lui annonce qu'elle est enceinte de lui. Cette nouvelle bouleverse le jeune homme qui va devoir se sortir de ce mauvais pas.

 



Sarajevo, mon amour

Jasmila Zbanic • Bosnie • 2005 • 1h30

 

Esma, mère célibataire, vit avec sa fille de douze ans, Sara, dans le Sarajevo de l'après-guerre. Sara doit participer à une excursion scolaire. Esma accepte un job de serveuse dans une boîte de nuit pour réunir l'argent nécessaire. Sara se lie d'amitié avec Samir qui, comme elle, n'a pas de père. Leurs pères sont des héros de guerre, morts au combat. Cependant, lorsque la fille aborde ce sujet avec sa mère, Esma répond toujours de manière évasive. Sara a le sentiment qu'elle lui cache quelque chose...


Sorti en France le 20 septembre 2006, Sarajevo, mon amour (dont le titre original est Grbavica) a reçu l’ours d’or au Festival de Berlin lors de l'édition 2006.
En 90 minutes la jeune réalisatrice Jasmila Zbanic (29 ans) nous donne à voir ce qu’est la réalité d’après-guerre en Bosnie. Peut-on « se reconstruire » après une guerre « civile »? Comment cicatriser les blessures issues du passé immédiat ? C’est à travers l’histoire d’une mère et de sa fille que le problème de la reconstruction d’une vie est posé.

Esma, mère célibataire, vit avec sa fille de douze ans, Sara, dans le Sarajevo de l’après-guerre, dans un quartier spécifique, Grbavica. Sara voudrait participer à une sortie scolaire. Esma accepte un job de serveuse dans une boîte de nuit pour réunir les fonds nécessaires. Sara se lie d’amitié avec Samir qui, comme elle, est sans père. Leurs pères sont des héros de guerre, morts au combat en «shaseed». Au travers de la situation de Samir, Sara perçoit les incohérences de son histoire familiale : la colère que cela provoque en elle conduit finalement à une confrontation douloureuse avec sa mère.

L’intérêt principal du film réside dans cette vision contrastée d’une société traumatisée sans perspective, où la vie quotidienne est faite d’emprunts et de petits secrets. On peut relever dans « cette transcription des temps » un beau portrait des jeunes adolescents bosniaques, nés pendant la guerre mais n’ayant connu que l’après. Ils sont eux mêmes le reflet d’une société divisée, jouant dans les ruines, manipulant des armes, évoquant les « martyrs » tombés sur le front tout en se référant aussi à la société d’avant-guerre au travers de romances chantées quand ils partent en excursion scolaire. Une des romances les plus populaires est justement celle qui s’intitule « Sarajevo, mon amour » .

On peut être gêné par certains plans plus symboliques, comme le plan d’ouverture quand la caméra déambule sur ces visages de femmes bosniaques appliquées à fermer leurs yeux, sans que l’on sache si l’entreprise résulte du sommeil, de la thérapie ou du besoin de chasser ce passé qui obstrue le regard. Le pathos peut parfois friser un peu trop la caricature de même que dans les scènes entre mafieux balkaniques.

Le film de Jasmila Zbanic participe au même titre que No man’s land de Danis Tanovic aux succès exceptionnels des films bosniaques de ces dernières années. Ces jeunes réalisateurs ont trouvé dans l’art cinématographique un média pour exprimer leur vision de la société bosniaque, dominée par les tabous et les préjugés. Pour certains critiques, le cinéma est devenu le meilleur ambassadeur de la culture de ce pays.

Martine Jéhanno • VO

novembre 2006

Dans le cadre du partenariat initié avec la MEET, la Maison des Ecrivains Etrangers et des Traducteurs, nous vous proposons ce mois-ci un film bosniaque, Sarajevo mon amour.
Pour la quatrième édition de meeting du 16 au 19 novembre 2006, la MEET a invité une vingtaine d’auteurs du monde entier sur le thème « Lectures Lointaines » (lointaines dans le temps ou dans l’espace, lectures d’enfant ou d’adolescent, lectures d’œuvres traduites et venues d’un autre monde). Comme chaque année, deux villes, leurs auteurs et leurs univers littéraires sont associés à ces rencontres : sont à l’honneur cette année Sarajevo et Mexico.

Il s’agit donc pour nous, association Version Originale, de contribuer à souligner les liens entre littérature et cinéma. C’est pourquoi nous vous invitons à participer non seulement à la projection du film bosniaque GRBAVICA (Sarajevo, mon amour), mais aussi à la rencontre avec quatre écrivains bosniaques. Il s’agit d’Aleksandar Hemon, Muharem Bazdulj, Faruk Sehic, Nenad Velickovic.



The Secret Life of Words

Isabel Coixet, Espagne, 2006, 1h52

Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plate-forme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient de se produire un accident. Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plate-forme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

 

 

 

 

 

Le film que nous avons choisi cette fois-ci est d’abord un coup de cœur. C’est un film tout en sensibilité et en nuances. Il nous raconte une histoire. La narration est chronologique mais le temps se resserre par périodes autour d’espaces différents. Une usine en Irlande où nous découvrons Hanna au travail. Hanna et ses manies obsessionnelles, son mutisme qui nous inquiète et nous embarque sur des fausses pistes. Une barge pétrolière à moitié abandonnée où des hommes se croisent, se rencontrent. Une oie se dandine et crie. Nous voilà dans l’insolite, on touche au poétique. L’espace est propice à l’inquiétude mais bizarrement ce huis clos n’est pas oppressant. Hanna qui ne dit rien va soigner Josef qui ne voit plus. Le secret d’Hanna va nous être livré. C’est un moment de forte émotion. Le secret est lâché mais Hanna fuit. Josef partira à la recherche d’Hanna dans le pays où elle a été accueillie après le drame. Cette partie du film prend alors une dimension plus documentaire, qui n’est pas la plus inintéressante.

 

Hélène Le Guével • VO

 

 

 


Slogans

Gjergj Xhuvani ☉ Albanie, France ☉ 2001

 

 

 

A la fin des années soixante-dix, André, un jeune professeur de biologie venu de Tirana, prend ses nouvelles fonctions dans une école élémentaire d'un village reculé des montagnes albanaises. Il découvre que le directeur attribue à chaque classe un slogan politique. Les lettres de chaque slogan doivent être formées de pierres et alignées, au prix d'un travail exténuant, sur les flancs des montagnes par les enfants et leur maître. Ces "devoirs politiques" rythment la vie du village de manière aussi comique qu'inattendue...

 

 

 

 

 

 

Le scénario est adapté d'une des nouvelles de Ylljet Aliçka, parue dans le recueil Les Slogans de pierre aux Editions Climats, en 1999 (réédition Pyramidion, 2009).

 

 

 

Le film Gjergj Xhuvani a été présenté par Ylljet Aliçka, scénariste du film, un des trois écrivains invités à l'édition MEETING # 16 Vers l'Europe ?

 

 

 



La Solitude du coureur de fond

Tony Richardson, Grande Bretagne, 1962, 1 h45

Par un soir d'hiver, à Nottingham, Colin Smith et son comparse cambriolent une boulangerie et s'enfuient avec la caisse. Le jeune Colin est arrêté et aussitôt envoyé en maison de redressement. Là, le directeur va vite découvrir ses talents de coureur de fond. C'est pendant ces longues courses solitaires que le jeune homme s'évade en rêveries, déroule le film de sa vie passée, avec ses douleurs familiales et ses joies amoureuses.

 



Souffle


Delphine et Muriel Coulin, France, 2000, 17’

Sophie, une petite fille de 8 ans, est seule avec sa grand-mère très affaiblie, malade. A la fois curieuse et effrayée, elle tente de comprendre pourquoi celle-ci n’est plus comme avant.

 

 

Semaine de la Critique, Cannes 2001

Prix Beaumarchais du Meilleur Scénario au Festival de Pantin

Prix Spécial du Jury au Festival de Brest

Prix de la Critique Française

 

 



Stesti, something like Happiness

Bodhan Slama, République Tchèque, 2006, 1h40

 

 

 

Monika, Tonik et Dasha ont grandi ensemble dans une HLM d’une petite ville industrielle de République Tchèque. Monika espère rejoindre son fiancé émigré en Amérique. Tonik a fui le conservatisme de sa famille pour vivre avec sa tante excentrique : ensemble, ils se battent pour maintenir leur ferme en dépit du développement des usines. Dasha a deux enfants et un amant marié. Fragile, imprévisible, toujours au bord du désespoir, elle finit par s’en prendre à ses plus proches. Chacun aspire à ce que l’autre possède.

 


Sur les Quais   ☉     On the Waterfront

Elia Kazan • Etats-Unis • 1954 • 1h46

Un jeune docker, Terry Malloy, ancien boxeur, est manipulé par son frère, avocat du syndicat des dockers dirigé par le crapuleux Johnny Friendly. Il assiste sans intervenir au meurtre d'un employé qui voulait dénoncer les méthodes illégales de ce dernier. Malloy se retrouve devant un cas de conscience...

 

 Ce film a été programmé dans le cadre du Festival Zones Portuaires • 2ème édition consacrée à New York. Il a été présenté par Florence Colombani, auteur de plusieurs livres dont un essai sur Elia Kazan (Elia Kazan, une Amérique du chaos - éditions Philippe Rey, 2004) et une monographie sur Marlon Brando (éditions des Cahiers du cinéma, 2013). Son dernier ouvrage, Les Indomptables, vient de paraître aux Editions Fayard.


Elia Kazan et Marlon Brando pendant le tounage • hiver 1953
Elia Kazan et Marlon Brando pendant le tounage • hiver 1953

A peine évoque-t-on le film Sur Les Quais, que le témoignage de son réalisateur Elia Kazan devant la HUAC* est-il lui aussi convoqué. A l’évidence, il est nécessaire d’éclairer le film de cet épisode de l’histoire américaine, pourtant ce qui fait de Sur les Quais un véritable chef-d’œuvre c’est aussi la multiplicité des angles par lequel on peut l’aborder.

 

D’un point de vue cinématographique d’abord, en amont le film est un exemple d’adéquation parfaite entre scénariste et réalisateur, puis sur le tournage entre réalisateur et comédiens. L’histoire du film commence en 1949 quand le journaliste Malcom Johnson vend les droits de Crime on the Waterfront, une série d’articles pour lesquels il a remporté le prix Pullitzer. Budd Schulberg, sollicité par la compagnie désormais propriétaire des droits, commence à écrire un scénario (qui sera tourné par Robert Siodmak) dépeignant la rudesse de la vie sur les docks, la corruption et le crime organisé. Mais le témoignage spontané de Schulberg devant la HUAC en 1951, provoque une hostilité telle à Hollywood et dans les milieux intellectuels que le projet est abandonné. Ainsi quelques mois plus tard le scénariste contacte Kazan, lui aussi ostracisé suite à son témoignage, et lui propose de travailler à un film commun. Kazan, qui a déjà un projet en tête, accepte cependant la proposition de Schulberg de reprendre ensemble son scénario abandonné. En 1952, les deux hommes essuient un refus de Zanuck de la 20th Century Fox et c’est finalement Sam Spiegel, au bord de la faillite qui accepte de produire le film. L’engagement de Schulberg dans l’écriture d’une matière qui le passionne, ses rencontres avec les vrais acteurs de la terrible réalité des docks et le long avènement du film ont certainement contribué à son excellence.

 

Au tournage, la mise en images ne dément pas les qualités du scénario. Dans un double mouvement, les dialogues font naître un jeu d’acteurs remarquable qui lui-même illumine le texte et la complexité des situations. Plusieurs exemples restent certainement dans les mémoires de celles et ceux qui ont déjà vu Sur les Quais, mais c’est sans doute la scène du taxi entre les deux frères interprétés par Rod Steiger (Charley) et Marlon Brando (Terry) qui illustre le mieux cette osmose créatrice.

 

Indéniablement, l’histoire personnelle de Kazan constitue un filtre au travers duquel le film a été analysé et commenté. Et il lui a tant été reproché de ne pas s’être excusé d’avoir livré des noms… pourtant si la délation est au cœur du film c’est aussi la complexité de l’âme humaine, qu’explorent scénariste et réalisateur. Ici délation ne rime pas avec lâcheté, elle est cependant assortie d‘un corollaire tout aussi délicat : la probité. L’ambivalence du personnage de Terry Malloy, le courage simple et naturel que la jeune Edie (Eva Marie Saint dans son premier rôle au cinéma) insuffle au prêtre Barry (Karl Malden), l’insupportable avilissement des dockers réduits à se battre entre eux pour obtenir le droit de travailler, constituent aussi la matière de Sur les Quais. Le tournage s’est déroulé sur le port de Hoboken avec des dizaines de figurants jouant leur propre rôle et dont la caméra de Boris Kaufman a saisi de magnifiques images. Kazan rappelle que le froid qui régnait en cet hiver 1953 plongea les acteurs dans la brutalité du quotidien et donna à leur visage un beau teint naturel, tellement moins apprêté que ce que rendait le maquillage des studios. La partition de Sur les Quais restera pour Leonard Bernstein sa seule composition originale de cinéma et pour laquelle il fût nominé aux Oscars. S'il ne fut finalement pas récompensé, le film reçut tout de même huit oscars : meilleur film, réalisateur, scénario, premier rôle (Brando), second rôle féminin (Eva Marie Saint), photographie, décor noir et blanc (Richard Dray), montage (Gene Milford).

 

Au-delà de ces distinctions, le succès immédiat que rencontra le film tient sans doute à la justesse de la description de la condition ouvrière dans l’Amérique de l’après-guerre. Et d’ailleurs de ses propres mots, si Kazan était autant attaché à ce film c’est qu’il entendait bien montrer à travers lui qu'il existait une gauche anti-communiste (au sens stalinien du terme) qui soutenait la classe ouvrière.

 

Céline Soulodre • VO

 

 

* Elia Kazan comparaîtra deux fois devant la House Un-American Activities Committee, (généralement traduit par Commission des Activités Anti-Américaines). La première fois il ne répondra qu’aux questions le concernant. Comprenant qu’il risque sa carrière au cinéma pour un Parti Communiste avec lequel il a rompu depuis 1936, il se décide à retourner devant la Commission pour y donner des noms. Il devient ainsi une des figures les plus honnies de cette période de la chasse aux sorcières. Le recul aidant, on peut imaginer que si le nom de Kazan reste durablement associé à la figure du délateur, c’est qu’il a en quelques sortes cristallisé toute la honte et le malaise provoqués par cet épisode de l’histoire nationale.