Programmes de courts-métrages

19 avril 2007

Vive le court !

 

Le court-métrage est souvent un passage obligé avant la réalisation d'un long-métrage pour de jeunes réalisateurs. Il leur permet d’expérimenter la narration, la direction d’acteurs, la gestion d’une équipe technique. 
On pourrait s’étonner qu’il n’existe pas, comme en littérature, avec les écrivains de nouvelles, de spécialistes du genre. Ou plus simplement que des cinéastes renommés éprouvent le besoin à un moment donné de raconter une histoire dans un format plus court.

La réponse tient probablement à la médiocre diffusion du court-métrage en France. Nous sommes néanmoins l’un des seuls pays à bénéficier d’un réel circuit de diffusion avec l’Agence du Court-Métrage (ACM) qui recense annuellement 1200 films, des festivals spécialisés (Clermont-Ferrand), des émissions de télévision (Court circuit, Les films faits à la maison), des DVD, des sites internet (Mouviz).

 

Mais la programmation régulière des films courts en ouverture de séance tend à disparaître au profit de plus de publicité. On peut d’autant plus le déplorer que le court-métrage, moins coûteux et parfois auto produit, peut permettre plus d’audace, donner naissance à des œuvres moins formatées.
 Version Originale a fait le choix de promouvoir ces œuvres brèves en diffusant avant chaque long- métrage un court.

 

Florence Saffroy • VO


Les Poings serrés

Franck Morand
 • France • 2005 • 33'

 

avec Pierre-Louis Calixte, Claudie Guillot, Fred Ulysse

 

Un homme d'une quarantaine d'années, Henri, débarque dans une maison isolée en pleine montagne. Alerté par un médecin, Henri vient assister son père après des années d'absence.
Un premier film d'une maturité et d'une intensité rares, que nous avons eu le plaisir de découvrir au dernier festival de la Rochelle.

 

A propos de Franck Morand

Franck Morand est né en 1957. Après des études de cinéma à Bordeaux, il travaille comme assistant réalisateur sur de nombreux clips musicaux et courts métrages. En 1999, son premier film Tunnels a obtenu le prix du meilleur scénario de court métrage au Festival du film d'Histoire de Pessac. Il a réalisé dernièrement un documentaire sur le jeune chanteur français Alexandre Varlet.

 

Filmographie

Tunnels,  2000

Quidam, 2002

Les Poings serrés, 2005

A mains nues

Agnès Feuvre • 
France • 2005' • 26'

 

 

avec Martin Pautard, Gaetan Pelayo, Vanessa Maitron

 

 

À mains nues, Laeti caresse, Laeti tape, Laeti séduit, Laeti jalouse du haut de ses 12 ans.

Courrier d’Agnès Feuvre adressé à Version Originale à propos de son film

 

"Le film a été tourné en juillet 2004, pendant 14 jours, dans le Cher, aux environs de Saint-Amand-Montrond, à mi-chemin entre Bourges et Montluçon.
 Les jeunes comédiens viennent tous de la région, ils jouent pour la première fois même si Jules, le petit garçon qui joue Tonio, a l’intention de devenir acteur et réalisateur : Comme Jacques Hulot m’a-t- il précisé lors de notre première rencontre.

Le film a eu la chance de faire partie de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2005 puis de recevoir le Grand Prix ex aequo du Festival de Pantin 2006.


A mains nues est un film produit par Why Not Productions, plus précisément par Sébastien Lemercier. Il est notamment le producteur Douches froides, un premier long métrage d’Antony Cordier.

Why Not Productions est une boite de production de cinéma qui produit essentiellement des longs-métrages mais aussi quelques courts métrages. Ils sont les fidèles producteurs d’Arnaud Desplechin, de Bruno Podalydès, de Philippe Garrel . Ils sont aussi les heureux producteurs de De battre son cœur s’est arrêté de Jacques Audiard.

 

Je suis vraiment désolée de ne pouvoir discuter avec vous à l’issue de la projection mais je suis scripte sur le tournage d’Arnaud Desplechin Un Conte de Noël qui se tourne actuellement à Roubaix. En effet, je suis également scripte et scénariste. En tant que scripte, j’ai travaillé avec Olivier Assayas, François Ozon, Nicole Garcia et Emmanuel Bourdieu. J’ai co-écrit un téléfilm Arte : Un jour ou l’autre de Franck Guérin.

 

A mains nues est mon deuxième court métrage. Le premier, Un état passager, est un film de 10 minutes. Je suis en train d’écrire un scénario de long métrage qui serait lui aussi produit par Sébastien."


La Leçon de guitare

Martin Rit • 
France • 2005 • 17'

avec Luc Moullet, Pauline Morand, Sébastien Morin, Serge Riaboukine

 

 

 

Michel, la quarantaine, ne fait pas grand chose de sa vie. Lorsqu'il tombe sur la petite annonce ”jeune homme donne cours de guitare pour débutants”, il décide de se lancer.



9 décembre 2016

cliquez ici pour retrouver le programme de la soirée au format PDF

Quand on parle de court métrage, il n’est pas rare de s’entendre dire avec nostalgie qu’on ne voit plus ces films qui, autrefois, étaient projetés en avant-séance. C’est méconnaître la vitalité d’un secteur qui se déploie en marge, hors des canaux médiatiques. Car les courts métrages sont bien plus vus qu’on ne le pense et bénéficient du circuit de diffusion le plus développé au monde ! Cette diffusion est plus nomade, plus éclatée, plus événementielle et finalement peu quantifiée. Mais elle est réelle et repose sur un réseau dynamique d’acteurs (festivals, salles de cinéma, bibliothèques, associations, chaines de télévision…). Soucieuse de montrer le cinéma dans toute sa diversité, Version Originale fait partie de cet « écosystème » et programme - les spectateurs fidèles l’auront remarqué - régulièrement des courts métrages en avant-séance ou lors de soirées spéciales.

 

L’équipe de VO s’est ainsi réunie pour composer à plusieurs voix une programmation faite de coups de cœur. L’occasion de découvrir des films indispensables réalisés par de jeunes cinéastes qui ont chamboulé le cinéma français (L’amour existe de Maurice Pialat et Tous les garçons s’appellent Patrick de Jean-Luc Godard), des « classiques du court métrage » ou en passe de le devenir (Emilie Muller de Yvon Marciano, Tram de Michaela Pavlatova), de revoir des comédiens qui nous sont chers (Denis Lavant et Jacques Bonnaffé dans Les Williams d’Alban Mench). Les deux autres propositions (Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès et Les meutes de Manuel Schapira), différentes à bien des égards, se rejoignent dans la réflexion brûlante sur l’identité qu’elles proposent. Composée de films qui résonnent entre eux, s’interpellent et se répondent, cette programmation témoigne, s’il en était besoin, de la richesse de la forme courte.

Elsa Masson

L'Agence du court-métrage

 

 

Les Williams

de Alban Mench

 

Comme cadeau de mariage Francis à reçu un chien, il demande à William, son ami d'enfance de le garder pendant son voyage de noces. Cette demande va soulever un problème de fond chez  William.

Film drôle, loufoque, qui révèle le talent de Jacques Bonnaffé et Denis Lavant.

Michelle Rousselin

L'Amour existe de Maurice Pialat

 

Un titre ironique, un documentaire qui n’en est pas un, une mémoire mise en images, la banlieue. Du travelling au panoramique. Des corps en mouvements, métro, train, voiture, bruit du métro, klaxon, métro, boulot, dodo… Film politique, film sociologique, un petit air de La Ville Bidon de Jacques Baratier. Sur toutes ces images grises d’une banlieue oubliée, une voix off, un magnifique texte de Maurice Pialat, sorte de poème mélancolique dit par l’acteur Jean-Loup Reynold, sans oublier la belle musique de Georges Delerue.

Hélène Le Guével

Prix Louis Lumière 1961, Lion de Saint Marc au festival de Venise 1961.

Tram

de Michaela Pavlatova

 

Coquin, charmant et plus...

 

Dany Courapied


 

Sous tes doigts

de Marie-Christine Courtès

 

J'ai été transportée par ces 3 générations de femmes qui, au travers de l'histoire intime de leur famille nous amènent à la grande Histoire, celle des camps de réfugiés mis en place pour les rapatriés de la Guerre d'Indonésie. Un cinéma d'amination remarquable tant par les techniques (aquarelle et gouache), la musique, la danse et les rituels orientaux.

Viviane Paquet

 

 

Tous les garçons s'appellent Patrick

de Jean-Luc Godard

 

Au jardin du Luxembourg, Charlotte rencontre Patrick qui l'invite à prendre un verre et lui donne rendez-vous pour le lendemain. Elle apprend

le soir même que son amie Véronique a fait une rencontre tout aussi excitante.

 

 

Les meutes
de Manuel Schapira

 

Franck, Hugo et Philippe, trois copains se rendent à une pendaison de crémaillère dans un appartement parisien.

A la porte, deux jeunes types, âgés de seize ou dix-sept ans, tentent de négocier leur entrée. La tension monte.

 

 

Emilie Muller

de Yvon Marciano

 

Le film raconte le bout d'essai d'une jeune comédienne, Emilie Muller.

 


Tous les garçons s’appellent Patrick

 

On pourrait considérer ce court métrage de 1958 comme « le manifeste en images de la nouvelle vague » . On y trouve en effet,  un an avant Les 400 coups ou deux avant A bout de souffle, tous  les éléments qui caractérisent ce moment de cinéma des années 60 : tournage dans la rue, sans éclairage artificiel, en prise son direct, avec de jeunes acteurs inconnus jouant de façon spontanée, naturelle.

Ce manifeste est signé Jean-Luc Godard, mais derrière cette signature il y a  tout un groupe de copains qui fait advenir un nouveau cinéma, c’est la bande des Jeunes Turcs, critiques des Cahiers du Cinéma. Ils participent d'une façon ou d’une autre à cet essai inaugural ; Eric Rohmer (scénariste), Claude Chabrol (apport technique), François Truffaut et Jacques Rivette (critiques)

Le groupe de copains comprend aussi les acteurs, producteur, techniciens. Pour incarner ce marivaudage godardien, le réalisateur choisit un ami, Jean Claude Brialy, amuseur de la bande cinéphile et les deux jeunes actrices appartiennent aussi  à ce cercle, l’une est la compagne de Godard, Anne Colette et l’autre, Nicole Berger, fille adoptive du producteur du film Pierre Braunberger, fondateur des Films de la Pléiade.

Tout le monde se connaît et partage l’envie de faire un cinéma en prise avec son temps et on comprend  ainsi que le tournage  puisse de faire en trois jours !

Cependant même si ce film est emblématique de la Nouvelle Vague, il est très godardien et nous donne à voir le matériau à partir duquel Godard travaillera par la suite. Tout d’abord la direction d’acteurs : les acteurs découvrent, au fur et à mesure des prises de vue,  leurs dialogues  qui évoluent d’ailleurs  d’une prise à l’autre. Le texte n’est jamais définitif, Godard sort régulièrement  des petits bouts de papier de sa poche ou de sa boite d’allumettes, proposant ainsi aux acteurs, des variations sur le thème. Ainsi  tous les petits mots  glissés comme « épatamment,  drôlement démodé, qu’est ce que tu peux être meuh, meuh »  rentrent dans cette démarche  et même si aujourd’hui  ces mots nous apparaissent d’un autre temps, il faut bien comprendre qu’en 58 c’est la première fois qu’on les entend  au cinéma !

On reconnaît aussi la touche godardienne au  cadrage et rythme du film , il coupe dans le cadre, monte très rapidement ,  sans respecter les règles sacrosaintes du cinéma français de qualité , obsolètes à ses yeux. Et bien sûr il y a déjà dans ce premier court-métrage un grand soin apporté aux détails , visuels, sonores. Amusez vous à les relever !

On repère l’allusion à la position des Jeunes Turcs par rapport au cinéma  français :  « le cinéma français crève sous de fausses légendes » article de Truffaut paru dans la revue Arts . Il y a sur une table un exemplaire des Cahiers du cinéma  Les cartes postales nous donne déjà à voir Picasso ou Matisse, L’Esthétique de Hegel que lit Charlotte annonce  L’Histoire de l’art d’Elie Faure que lit Ferdinand/Jean Paul Belmondo dans Pierrot le Fou. La bande son introduit les bruits de la jeunesse : le  transistor, l’air à la mode,  la chanson Che sera sera.

Ce court métrage est bien l’avènement d’un nouveau cinéma, en phase avec son temps, et nous espérons que ce marivaudage plein de gaieté et de joie de vivre qui a séduit les spectateurs en 58, vous réjouira aussi 60 ans après.

Martine Jehanno • VO