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La Terre abandonnée

Vimukthi Jayasundara, France Sri Lanka, 2006, 1h48

Sur une terre entre guerre et paix, dans une atmosphère étrange et incertaine, des corps s'attirent, la culpabilité ronge les assassins, des soldats s'abrutissent en manoeuvres ineptes, les légendes ressurgissent.
Seule l'enfance est innocence en cette terre abandonnée des Dieux.
La Terre abandonnée, caméra d’or à Cannes dans la section un Certain Regard, montre comment la grande histoire, c’est à dire le conflit opposant le gouvernement du Sri Lanka à la guérilla Tamoul, se répercute au jour le jour dans la vie quotidienne.
Ce n’est plus la guerre mais tous se disent qu’elle va sans doute reprendre bientôt. Elle est là, dans le paysage, dans l’attente et la lassitude des soldats et des quelques habitants d’une zone proche des combats. Économe en paroles, esquissant quelques intrigues, le film suscite une tension sous-jacente, une inquiétude récurrente très bien maîtrisée par le réalisateur, y compris lorsqu’il les dénoue dans le plan suivant.
La Terre abandonnée est le premier long-métrage « bien plus que prometteur » (Le Monde) d’un réalisateur de 28 ans, Vimukhti Jayasundara, formé au cinéma en Inde et en France.
Dominique Loiseau, • VO  


Three Times

Hsiao-Hsien Hou, Taïwan, France, 2005, 2h12

 

 

Trois époques, trois histoires, 1911, 1966, 2005, incarnées par le même couple de comédiens. Ce conte sentimental évoque ainsi la triple réincarnation d'un amour infini...

1966, Kaohsiung : le temps des amours : Chen tombe amoureux de May, rencontrée dans une salle de billard. Mais il doit partir faire son service militaire.

1911, Dadaocheng : le temps de la liberté : Une courtisane est éprise d'un révolutionnaire qui la néglige, préférant se consacrer à ses activites politiques.

2005, Taipei : le temps de la jeunesse : Jing, jeune chanteuse épileptique, vit une aventure avec une femme, Micky. Employé dans une boutique de photos, Zheng trompe Blue, sa petite amie, avec Jing.


 

Quel est le meilleur de tous les instants ? C'est un moment d'euphorie qui ne reviendra jamais. Nous en avons la nostalgie, non parce que c'est le meilleur, mais parce que nous l'avons perdu à jamais. Notre mémoire en conserve seulement des réminiscences, et de cette manière, cet instant demeure le plus beau, sans comparaison possible.

 

Trois époques, trois histoires, 1911, 1966, 2005, incarnées par le même couple, May et Chen. Ce conte sentimental évoque ainsi la triple réincarnation d'un amour infini...

 

Nous n’avons pu visionner ce film qui sera présenté en avant-première à Saint-Nazaire le 10 novembre, sa sortie nationale étant prévue le 16 novembre. C’est parce que nous connaissons et apprécions l’œuvre de Hou Hisao-Hsien comme l’une des plus importantes d’Asie que nous avons voulu ce film pour notre troisième soirée. Nous avons découvert son cinéma au Festival des 3 Continents, à Nantes, d’Un été chez grand-père (1984) à Café-Lumière (2004), en passant par Les fleurs de Shangaï (1998), Les garçons de Feng- kuei (1988) ou Millenium Mambo (2001). Hou Hisao-Hsien est l’un des trois piliers de la nouvelle vague taiwanaise, avec Edward Yang (Yiyi), et Tsaï Ming Liang (La rivière, Le trou, également vus à Nantes) Le cinéma de Hou Hsiao-Hsien est construit sur la primauté de l’atmosphère et du détail par rapport à l’intrigue ou à l’action, sur l’attention portée aux gens ordinaires...Le tournage en son direct et en décor naturel rappelle évidemment une autre Nouvelle Vague. D’une très grande fluidité, le cinéma de Hou a un aspect documentaire qui en fait aussi la richesse et la force. Hou Hsiao Hsien propose un film exigeant à la fois méditatif et poétique qui requiert la participation du spectateur.

 


Toilettes


Olias Barco, France, 1993, 4’

 

La rencontre insolite de deux personnes dans les toilettes. Par inadvertance, une petite fille tout de blanc vêtue engendrera la perte de l'un d'eux...

 

 

 

Plan séquence de 3 minutes en noir et blanc, Toilettes est un court métrage percutant. Olias Barco, aidé par l’acteur Jean Claude Dreyfus, cynique à souhait, réussit à nous faire frissonner de peur. Le bruitage est particulièrement efficace.

De Toilettes, Jean-Claude Dreyfus dit : « C’est un chef d’œuvre, il y a une histoire, il y a de l’émotion, du suspens, de la tendresse. C’est un film à part entière. »

 

Hélène le Guével, VO

 



Tous les garçons s'appellent Patrick


Jean-Luc Godard • France • 1958 • 21'

Au jardin du Luxembourg, Charlotte rencontre Patrick qui l'invite à prendre un verre et lui donne rendez-vous pour le lendemain. Elle apprend

le soir même que son amie Véronique a fait une rencontre tout aussi excitante.

 

programmé dans le cadre d'une

soirée spéciale dédiée au court-métrage,

le vendredi 9 décembre 2016.

 



Le Train


Brahim Fritah, France, 2005, 23’


Le train est le théâtre d'une rencontre : celle de Giuseppe, un jeune étudiant en droit et Ahmed, un vieil homme qui vient de sortir de prison. Le temps d'un voyage, ils vont cohabiter, communiquer, s'échanger des impressions. Tout pourrait être parfait, mais le destin en décidera autrement et chacun finira par reprendre son chemin non sans avoir marqué l'autre, en bien ou en mal.

 

 

 

 



Twin Peaks- Fire walk with me

David Lynch • Etats-Unis • 1991 • 2h15

 

 

Twin Peaks, 51201 habitants.

Les agents Desmond et Cooper enquêtent sur le meurtre de Teresa Banks, entouré d'indices et d'événements étranges. Parallèlement mais un an plus tard, nous suivons les sept derniers jours pleins de mystère et d'angoisse de la belle Laura Palmer, dont une sombre conspiration démoniaque.


 

 

Souviens-toi, c'était le printemps 1991 et tu regardais la 5. C'était d'abord des notes lancinantes que tu n'as jamais oubliées, d'ailleurs tu trembles encore quand elles te reviennent aux oreilles, tu frissonnes un peu d'angoisse, de bonheur aussi, et tu es bien. Et après il y avait quoi déjà ? Un oiseau non ? Et puis des cheminées phalliques d'où jaillissait quelque chose de blanc. Des étincelles : Welcome to Twin Peaks.

 

 

C'est fou ce que tu pouvais l'attendre ce rendez-vous du lundi soir. Tu as eu le droit à 30 épisodes, 30 malheureux épisodes ! C'était à chaque fois beau et effrayant. C'était chaque semaine comme une lame froide qui glissait sur ta peau, comme des ongles qui crissaient sur un tableau noir, tu serrais les dents, tu craignais pour ta raison, mais tu adorais ça ! Twin Peaks, la série qui nous a tous rendus masochistes. C'était tellement nouveau, tellement à des années lumières de ce qu'on avait vu ou entendu. Bien sûr il y avait un meurtre inaugural à Twin Peaks, celui de Laura Palmer, la jeune fille du cadre; bien sûr il y avait une enquête et un type chargé de la mener - Kyle Maclachlan que tu as vu aussi, plus perdu que jamais, dans Blue Velvet; il y avait surtout cette petite ville proprette et minable des Etats-Unis, que tu avais déjà vue au moins mille fois ailleurs. Mais en fait non. Rien de tout ça n'existait vraiment. Ce n'était qu'un bout de réalité apparente. Et Lynch t'a emmené là où tu n'étais jamais allé, là où les symboles sont les clés d'un autre monde, là où les signes pullulent, signes que tu mettras des années à décrypter avec tes copains et tes copines Peakers, là où tout dérape dans les fluides et la chair, là où les cauchemars naissent et prospèrent.

 

 

Et un jour ce fut fini. Annulée la sérié chérie. Trop de tout sans doute, trop forte pour eux, peut-être même pour toi.

 

Mais Lynch n'avait pas tout dit. Son guide du routard spécial Twin Peaks n'était pas achevé. Il manquait les premières pages : celles où on raconte comment la ville en est arrivée là. Il y eut donc Twin Peaks le film. C'était en 1992 et ça s’appelait Twin Peaks fire walk with me.

 

 

Et tu l'as manqué ce film ! Tu l'as manqué ! T'es pas allé le voir ! Tu te rends compte ? T'es pas allé le voir !

 

 

T'as pas eu souvent l'occasion dans ta vie d'avoir une seconde chance. Pour une fois, t'en as une. Ne la loupe pas. Tu vas enfin pouvoir repartir sur grand écran à Twin Peaks. À toi le grand saut dans ce film stupéfiant, ce film de sexe et de sang qui te raconte les sept derniers jours de la vie de Laura Palmer. À toi, rien qu'à toi, 2h15 de cauchemar bouleversant et suprêmement élégant. Un film culte t'a-t-on dit, un film de cinéma avec des images que tu n'as jamais vues auparavant, des sons que tu n'as jamais entendus nulle part, un film avec des filles sublimes et des hommes pervers (et réciproquement), un film dont tu vas reparler longtemps, que tu vas garder en toi, que tu vas disséquer. Un film que tu retourneras voir dans la semaine.

 

 

Tu vas pas manquer ça quand même ? A jeudi l'ami.

 

Gilles Collin • VO

octobre 2006

 

 

 

Lorsqu’on lui demanda pourquoi il avait ressenti le besoin de revenir à la série Twin Peaks dans Fire Walk With Me, David Lynch répondit simplement : « J’étais amoureux du personnage de Laura Palmer, de ses contradictions : radieuse en surface, mourante à l’intérieur. J’avais envie de la voir vivre, bouger, parler. » La découverte du corps de Laura, assassinée, ouvrait le premier épisode de la série. Dans le film, censé relater les sept derniers jours de la jeune fille, il s’agit concrètement de voir bouger un cliché : ce portrait familial de l’adolescente sur lequel se déroulait le générique de chaque épisode du feuilleton.

 

Le personnage de Laura, cadavre germinal de Twin Peaks, se réduisait jusqu’alors exclusivement à cette photo sous verre et au visage marmoréen de son cadavre. Le film se refuse explicitement à faire tourner l’ancien manège de la saga et s'apparente plutôt à une oraison funèbre. Il met crûment à jour la contrepartie des anciens jeux télévisés – le sacrifice d'un personnage sur l’autel de Twin Peaks. Aborder aussi frontalement l’inceste dénote par ailleurs, chez Lynch, la hantise de voir son cinéma tourner en circuit fermé, dans le monde clos et virtuellement consanguin du « Lynchland ». À l’époque attaqué de toutes parts, Fire Walk With Me est un grand film lyrique, une stèle essentielle dans les années 1990. À dix années d’intervalle, un arc électrique se tend entre lui et Mulholland Drive (2001) : les deux films poussent sur un cadavre.

 

Aubron, Hervé

 

 

“Mulholland Drive”, de David Lynch : Dirt Walk With Me

(Éditions Yellow Now). A paraître (11/06)